Events , Paris

COSMOCIDES: ART(S), VIOLENCE, 21st CENTURY

Mercredi 18 avril à 19h
Conversation avec l’artiste Emeka Okereke,
Dominique Malaquais et Lionel Manga
Bureaux de Kadist (Conversation en anglais)

La séance à Kadist donne la parole à l’artiste nigérian Emeka Okereke, qui souhaite aborder différents types et strates de violences – “latente”, “passive” , “quotidienne”, “institutionnelle” – en revenant sur ses travaux personnels entre Lagos, Amsterdam, Berlin et Paris et collectifs avec le projet Invisibles Borders, dont il est l’initiateur.

Pour cette soirée, le séminaire “Something You Should Know : Artistes et producteurs aujourd’hui », dirigé par Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici et Natasa Petresin-Bachelez, se délocalise à Kadist, dans le cadre d’un cycle de présentations imaginé par Dominique Malaquais et Lionel Manga : « Cosmocides : Art(s), violence, 21è siècle ».

“Face au silence, à la médiocrité et à la brutalité nous devons mettre sur pied quelque chose de suffisamment grand pour que les damnés l’échangent contre leur terrible mémoire de vaincus — quelque chose qui en même temps blanchisse les nantis de leur triste illusion de vainqueurs — car dans la guerre qui aujourd’hui oppose l’esprit, la raison et l’intelligence à la médiocratie, il n’y aura pas d’autre vainqueur que le cosmocide.”

(Sony Labou Tansi, Encre, sueur, salive et sang, Paris, Seuil, 2015, pp.113-114)

En 1973, l’écrivain congolais Sony Labou Tansi invente un néologisme : «cosmocide ». Le mot se veut un réquisitoire contre les violences infligées aux corps, aux esprits, à la nature par un capitalisme sauvage, contre la colonisation et le néocolonialisme, les États sanguinaires, les juntes, les polices de tous bords, la mise en charpie des démocraties et du futur. Pour Sony, dire le cosmocide c’était le battre en brèche. Écrire revenait à poser une bombe, non dans le but de détruire, répondant au désastre par le désastre, mais de faire table rase, éradiquant la « mocheté » pour créer des espaces de respiration, des possibles. Nommer l’horreur dans l’espoir de faire naître son contraire : c’est de cela qu’il s’agissait et dont il s’agira ici. Nous serons guidé.e.s par des créateur.trice.s qui, comme Sony, œuvrent à débusquer la violence pour la mettre à mal. Anthropocène, ou encore capitalocène ; éco- et urbicides ; apartheids ; mers et déserts, cimetières de réfugié.e.s ; coltan, dioxine et autres perturbateurs – de communautés, de rêves, de systèmes endocriniens ; camps et geôles… Architectes et urbanistes, historien.ne.s, performeur.e.s, plasticien.ne.s, chorégraphes, tels sont les objets qu’elles et ils abordent. Multiples, leurs pratiques ont ceci en commun : un acte de respirer.

 

Emeka Okereke est un artiste et écrivain nigérian qui vit entre Lagos et Berlin, se déplaçant régulièrement entre l’Afrique et l’Europe. Il s’initie à la photographie en 2001. Peu après, il devient membre du collectif de photographes nigérians Depth of Field (DOF). En 2008, il obtient un Master multimédia, photographie et vidéo, à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris. Actuellement, ses œuvres oscillent entre différents médiums, principalement la photographie, la vidéo, la poésie et la performance, afin d’explorer son thème de prédilection, celui des frontières. Son travail interroge l’échange et la coexistence aux points de confluence entre divers environnements socioculturels. Une autre caractéristique de sa pratique a trait à l’organisation de projets : il coordonne des interventions artistiques qui favorisent l’échange entre plateformes locales et internationales. Emeka Okereke est le fondateur et directeur artistique de Invisible Borders: The Trans-African Project , un projet qui rassemble une dizaine d’artistes originaires d’Afrique.

 

Dominique Malaquais, historienne d’art et politiste, interroge les intersections entre violences politiques, inégalités économiques et élaborations de cultures urbaines à l’ère du capitalocène. D’abord enseignante aux Etats-Unis (Columbia, Princeton, Sarah Lawrence), aujourd’hui chercheuse au CNRS (Institut des mondes africains), elle co-dirige avec Kadiatou Diallo la plateforme curatoriale expérimentale SPARCK (Space for Pan-African Research, Creation and Knowledge). Parmi ses projets récents et en cours : réflexions sur les échanges entre Afrique et Asie à travers les arts visuels, la littérature, l’urbanisme et la spiritualité (Afrique-Asie : arts, espaces, pratiques, co-dirigé avec Nicole Khouri et publié en 2016) ; Archive (re)mix : vues d’Afrique (2015, co-dirigé avec Maëline Le Lay et Nadine Siegert), recueil d’essais sur les trajectoires de plasticiens, d’écrivains, de musiciens qui, à travers leur travail, explorent les multiple facettes de la rencontre entre art(s) et archive(s) ; expositions (Dakar 66, Musée du quai Branly, 2016 et Kinshasa : chroniques urbaines, Cité de l’architecture et du patrimoine, 2019) ; Yif menga (2018-2019), recherche collective sur la performance comme proposition politique…

 

Lionel Manga est l’auteur de L’Ivresse du papillon (2008), le premier essai paru sur la scène des arts plastiques au Cameroun. Après un passage éclair à la Sorbonne, une conspiration familiale l’exfiltre de France il y a de cela quarante ans. Tête pensante d’African Logik à Yaoundé (1996-1998), la scène rap et hip-hop locale lui doit sa visibilité. Sa chronique radiophonique Klorofil (1992-1996) lancera l’alerte sur la crise écologique globale. Observant le monde contemporain et scrutant l’Histoire à la croisée des bibliothèques, cet Altriciel inclassable a contribué au Tombeau pour Aimé Césaire paru en janvier 2017, sous la direction de Daniel Delas. Revendiquant et assumant son statut d’électron libre dans un contexte pétri d’allégeances, diverses revues ont accueilli sa prose ces dernières années, à l’instar de Mouvements, Riveneuve continents, Local contemporain et Chimurenga. Conférencier au musée du quai Branly pour le cinquantenaire des Indépendances, cet adepte de l’improbable et lecteur assidu de Michel Serres a ouvert la deuxième édition des Ateliers de la pensée, dirigés par Achille Mbembe et Felwine Sarr, à Dakar en novembre 2017.

 

Programme détaillé du cycle : http://sysk-ehess.tumblr.com

Wednesday April 18th at 7pm
COSMOCIDES:  ART(S), VIOLENCE, 21st CENTURY
A conversation between the artist Emeka Okereke, Dominique Malaquais and Lionel Manga.
Kadist office

The conversation at Kadist will start with a talk by Emeka Okereke, who will address different types of violence – “passive”, “daily”, “institutional” – in relation with his personal work, undertaken between Lagos, Amsterdam, Berlin and Paris, and with the collective Invisibles Borders project, of which he is the founder and director.

For this evening, the seminar “Something You Should Know : Artists and Producers Today”, directed by Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici and Natasa Petresin-Bachelez, will be delocalizing to Kadist, in the context of a series of presentations proposed by Dominique Malaquais and Lionel Manga, titled “Cosmocides: Art(s), Violence, 21st Century”.

“In the face of silence, of mediocracy and brutality, we must set afoot something big enough that the wretched can trade it against the terrible memory of loss they bear – something that, at the same time, will wash the well-heeled of the sad conviction that they have won – for in the war that today opposes thought, reason and intelligence to the mediocratic world we inhabit, there will be but one victor: cosmocide.”

(Sony Labou Tansi, Encre, sueur, salive et sang, Paris:  Seuil, 2015, pp.113-114)

In 1973, Congolese writer Sony Labou Tansi invented a neologism: “cosmocide.” The term was intended as an onslaught. It aimed to take to task the violence inflicted by the savagery of capitalism on bodies, spirits and landscapes, to do battle against colonialism and neocolonialism, against blood-soaked states, juntas and police forces of all kinds, against the foreclosure of democracies and futures worldwide. The act of putting such violence into words, for Sony was a means of beating it into retreat. To write was to set off a bomb, not so much to destroy, responding to disaster with further disaster, but to wipe the slate clean, doing away with “ugliness” to create spaces wherein one might breathe and imagine new possibilities. Naming horror in hopes of giving rise to its obverse:  such was his goal and so shall we attempt to do here. Our guides will be creators who, like Sony, seek to flush out – and in the process to do in – violence. Anthropocene or, yet again, capitalocene; eco- and urbicide; apartheid regimes; deserts and seas turned refugee graveyards; coltan, dioxin and other disruptors – of communities, dreams, endocrine systems; camps and jails… Architects and urbanists, historians, performers, visual artists, choreographers:  these are their foci. Highly diverse, their work and approaches share one, distinct characteristic:  all are exercises in breathing out of school.

 

Emeka Okereke is a Nigerian visual artist and writer who lives and works between Lagos and Berlin, moving from one to the other on a frequent basis. He came in contact with photography in 2001. He was a member of the renowned Nigerian photography collective Depth of Field (DOF). He has a Bachelors/Masters degree from the National Fine Art School of Paris. Okereke’s works oscillate between diverse mediums. He employs mainly photography, the time-based medium of video, poetry and performative interventions in the exploration of the central theme of borders. Another aspect of his practice lies in project organising and lecturing:  coordinating artistic interventions which promote exchanges cutting across indigenous and international platforms. He is the Founder and Artistic Director of Invisible Borders: The Trans-African Project .

 

Dominique Malaquais is an art historian and political scientist. Her work centers on intersections between political violence, economic inequity and the elaboration of urban cultures in the age of late capitalism. She has taught extensively in the United (Columbia, Princeton, Sarah Lawrence) and is today a senior researcher at CNRS (Institut des mondes africains). With Kadiatou Diallo, she co-directs SPARCK (Space for Pan-African Research, Creation and Knowledge), an experimental curatorial platform. Recent and ongoing projects include:  reflections on exchanges between Africa and Asia as seen through the visual arts, literature, urbanism and spirituality (Afrique-Asie:  arts, espaces, pratiques, co-edited with Nicole Khouri in 2016); Archive (re)mix:  vues d’Afrique (2015, co-edited with Maëline Le Lay and Nadine Siegert), a volume of essays on the trajectories of artists, writers and musicians whose practices explore intersections between art(s) and archive(s); exhibitions (Dakar 66, at Musée du quai Branly in 2016; Kinshasa:  chroniques urbaines, Cité de l’architecture et du patrimoine, 2019); Yif menga (2018-2019), a collective research initiative on performance art as political proposition.

 

Lionel Manga is the author of L’Ivresse du papillon (2008), the first study published on the contemporary arts scene in Cameroon. Following a brief period of study at the Sorbonne, forty years ago, he was whisked out of France by a family conspiracy. Back home, he became widely known as the brains behind African Logik in Yaounde (1992-1998); in this capacity, he brought the local Hip Hop scene to the forefront of national attention. His radio chronicle, Klorofil (1992-1996), opened the eyes of tens of thousands of his compatriots to the global ecological crisis. An insatiable observer of History who staunchly refuses to be coopted or categorized, he has published extensively – notably in Tombeau pour Aimé Césaire, edited by Daniel Delas in 2007, and in numerous journals (Mouvements; Riveneuve continents, Local contemporain, Chimurenga). An adept of all things improbable who is deeply inspired by the writings of Michel Serres, he was invited to speak at Musée du quai Branly during celebrations honoring fifty years of African independence and opened the second edition of Ateliers de la pensée, hosted by Achille Mbembe and Felwine Sarr in Dakar in November 2017.

 

Detailed program of the seminar : http://sysk-ehess.tumblr.com