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Otobong Nkanga: Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine

L’exposition d’Otobong Nkanga Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine explore le moment où l’abondance matérielle s’épuise, où le désir disparait. Traduit du pidgin nigérian anglais, le titre signifie « Retire tes yeux, je te prête les miens » et donne à entendre la subjectivité de l’artiste invitant le spectateur à « emprunter » son point de vue et à regarder attentivement ce qui est délibérément occulté.

Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine est le troisième chapitre d’une série d’expositions débutée en 2014 avec
In Pursuit of Bling à la 8ème Biennale de Berlin, qui s’est poursuivie par Crumbling Through Powdery Air  en 2015 à Portikus (Francfort). Au printemps dernier, Nkanga est partie en Namibie suivre la route de Swakopmund à Tsumeb, sur les traces d’une ligne du chemin de fer disparue. Son intention était de rejoindre
The Green Hill  (La Colline verte) à Tsumeb, une région renommée pour ses minéraux, cristaux et dépôts de cuivre. Autrefois, les Ovambos exploitaient à la main cette colline, prenant uniquement ce dont ils avaient besoin. Mais lorsque la Namibie est devenue le Sud-Ouest africain allemand, les colons ont changé de mode opératoire pour passer à une échelle industrielle d’extraction et d’exportation de tonnes de minerai de cuivre par an.

Ce qu’Otobong Nkanga a découvert à Tsumeb n’est désormais plus une colline, ni une mine en activité, mais une cavité dormante, interdite au public. L’accès à la mine en ruine est très bien gardé au cas où de nouvelles technologies permettraient de creuser encore un peu plus profondément, ou qu’elle devienne un jour une destination touristique.
Mais à ce jour, elle est sur le déclin et seules les parois encore teintées des traces des minéraux, vertes des malachites et bleues des azurites, témoignent encore de son abondance passée.

A Kadist, Nkanga réalisera pendant douze jours un important wall drawing.  L’artiste considère le dessin comme un moyen d’établir des connections qui ne sont pas nécessairement visibles, mais intuitives. Il permet à la pensée d’exister sans contrainte linéaire. Une manière pour Nkanga de restituer les souvenirs de Namibie et l’important volume de matériel généré et collecté au cours des dix jours de travail sur le terrain : des vidéos, des enregistrements sonores, des photographies, la documentation de la performance, des interviews et des images d’archive. Le wall drawing ne sera pas planifié, mais produit directement sur place, brut, sans filtre.

Poursuivant cette approche, Tsumeb Fragments (2015) est un ensemble de tables interconnectées qui rassemblent divers matériaux: des pierres de malachites, des photographies d’archive, des morceaux de cuivre. L’agencement des tables et le choix des objets bousculent l’approche habituelle de présentation de ce type de matériaux, qu’on trouve généralement dispersés dans plusieurs sites et archives. Nkanga démontre que l’accès aux objets et aux images est aussi restreint que pour n’importe quelle autre ressource.

Offrant un nouveau point de vue, la vidéo Remains of The Green Hill (2015) présente des images d’Otobong Nkanga improvisant face et pour la mine de Tsumeb, superposées à l’interview qu’elle a réalisé avec son dernier directeur.  Nkanga écoute attentivement sa rhétorique policée transformer les notions de profit et d’exploitation en progrès et découverte.
Tsumeb est, à bien des égards, une ville agréable, comportant des parcs aménagés, une architecture coloniale restaurée, et un musée qui présente triomphalement l’histoire de sa fondation en 1905. Pourtant l’air à Tsumeb gratte la gorge. Derrière le centre-ville, la fonderie de cuivre est toujours en activité, mais ne raffine plus le cuivre namibien. Encore plus à l’abri des regards, il existe une étendue noire qui ne cesse de s’élargir et dans laquelle des tonnes d’arsenic et de déchets de plomb sont déversés dans l’attente d’un hypothétique traitement. Dans Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine, les questions de pouvoir sont centrales – entre ceux qui décident de ce qui peut être vu et ceux qui tentent de voir au-delà.

Le quatrième chapitre de cette série, Bruises and Lustre, sera présenté au M HKA  (Anvers, Belgique) du 16 octobre 2015 au 17 janvier 2016. Un catalogue monographique sera publié par Portikus (Francfort), M HKA (Anvers) et Kadist Art Foundation (Paris/San Francisco).

 

Clare Molloy est commissaire de l’exposition Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine et lauréate de la “Bourse curatoriale Kadist” 2015. Cette bourse soutient un étudiant du master de la Staatliche Hochschule für Bildende Künste – Städelschule et Goethe University Frankfurt. Clare Molloy a également travaillé avec Otobong Nkanga pour l’exposition Crumbling Through Powdery Air à Portikus (du 16 juillet au 6 septembre, 2015).

Otobong Nkanga’s Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine explores what it means when material abundance is replaced by absence, and when desire is superseded by cool disinterest. Written in Nigerian Pidgin English the title implies “take your eyes away, I’ll lend you mine”. Operating within a personal, deliberately subjective register, Nkanga invites the viewer to “borrow” her perspective and to look intently at that which has been purposefully obscured.

Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine is the third chapter in a series of exhibitions that began in 2014 with In Pursuit of Bling at the 8. Berlin Biennale and continued in 2015 at Frankfurt’s Portikus with Crumbling Through Powdery Air. In spring 2015, Nkanga travelled to Namibia, making her way along an almost entirely defunct railway line from Swakopmund to Tsumeb. She was intent on reaching The Green Hill in Tsumeb, an area renowned for its minerals, crystals and copper deposits. This hill had been hand-mined by the Ovambo for generations, who took solely what they needed. However, when Namibia became German South West Africa, the colonial regime began to mine The Green Hill industrially, extracting and exporting tonnes of minerals each year. What Nkanga encountered in Tsumeb was no longer a hill, no longer an active mine, but a dormant hole in the ground. Fenced-off from public access, the open pit is a guarded ruin with an uncertain status. Perhaps someday new technologies will allow further excavation or maybe it will become a destination for tourists. For now it reclines, still tinged with the green and blue traces of the minerals malachite and azurite; testament to the hill’s former abundance.

At Kadist Art Foundation, Nkanga will spend twelve days creating an ambitious wall drawing. For Nkanga, drawing is a form that enables connections to be mapped that are not necessarily “seen”, but intuitively felt. The wall drawing will stem from Nkanga sifting through both her memories of Namibia, as well as the vast amount of material she generated and collected over the ten day field trip: video, sound recordings, photographs, performance documentation, interviews and images from Namibian archives. The drawing will not be planned, but hurled into existence: raw, unfiltered and direct.

Furthering the approach of the drawing, Tsumeb Fragments (2015) is a small cluster of interconnected tables which gather together physical material: malachite stones, archival photographs, shreds of copper. The formation of the tables and the choice of objects question standard assumptions of display. Materials that are usually dispersed across diverse sites and archives are brought together. Nkanga begins to unpack whose vested interests determine what is, and what is pointedly not, allowed to be seen. Nkanga demonstrates how access to objects and images is often just as ring-fenced as any other resource.

Opening out the selection of “eyes” to be borrowed, in the video Remains of The Green Hill (2015) images of Nkanga’s spontaneous performance at and for the Tsumeb mine are overlaid with an interview she conducted with its very last Managing Director. His rhetoric smooths tales of profit and exploitation into progress and discovery. Tsumeb as a town is itself equally smooth; it has landscaped parks, restored colonial architecture, and a museum which triumphantly displays the story of the town’s founding in 1905. Yet the air in Tsumeb tickles your throat. Behind the town centre the copper smelter is still refining copper, just no longer Namibian copper. Further hidden from view is a growing black field, where tonnes of slag laced with arsenic and lead pile up, ominously waiting to be dealt with at some undefined point in the future.
In Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine questions of agency are central: who has the agency to “see” and who is landscaping the view.

The fourth chapter of this series Bruises and Lustre will be on show in M HKA, Antwerp, Belgium from 16.10.2015 – 17.01.2016.
An extensive catalogue will be published by Portikus (Frankfurt), M HKA (Antwerp) and Kadist Art Foundation (Paris/San Francisco). 

Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine is curated by Clare Molloy who is the Kadist Curatorial Fellow 2015. The Kadist Curatorial Fellowship supports a fellow from Curatorial Studies, a master’s programme at the Staatliche Hochschule für Bildende Künste – Städelschule and Goethe University Frankfurt, to engage in research. She also worked on Otobong Nkanga’s exhibition Crumbling Through Powdery Air, curated by Fabian Schöneich at Portikus.