Exhibitions , Paris

When it Stops Dripping from the Ceiling (An Exhibition That Thinks About Edification)

When it Stops Dripping from the Ceiling (An Exhibition That Thinks About Edification)

14 juin – 29 juillet, 2012. L’exposition se prolonge du jeudi 6 septembre jusqu’au dimanche 23 septembre, 2012.

Avec :  Jesse Ash, Luis Camnitzer, Iman Issa, Per-Oskar Leu, Metahaven,  Setareh Shahbazi, Humberto Velez, ainsi que  des copies anonymes de sculptures de Martin Kippenberger

Commissaire de l’exposition : Bassam El Baroni

De nos jours, on encourage l’invention de nouvelles terminologies afin de définir plus précisément des phénomènes qui affectent nos vies, culturellement, socialement et politiquement. Parfois les termes qui nous intéressent n’ont pas à être réinventés, mais simplement exhumés afin de revêtir une nouvelle signification. Le terme « édification » est peut-être  l’un de ceux-là. Une recherche rapide dans un dictionnaire nous renseigne sur le sens de l’édification comme « une manière d’instruire singulièrement, de façon à encourager un progrès intellectuel,  moral ou spirituel » ; ce qui signifie en outre,

« l’élévation par l’instruction, résultant de la compréhension et de la transmission des savoirs ».

Au cours des trois derniers siècles, l’édification était l’affaire de quelques penseurs  qui cherchaient à résoudre l’équation réduisant l’écart entre l’autonomie individuelle et  la société au sein de laquelle celle-ci-ci s’exprime.  Ces systèmes se sont finalement dilués, simplifiés ou reconfigurés pour devenir les fondements intellectuels des Etats, les codes culturels ou les rouages administratifs des régimes répressifs. Cette exposition tente d’interroger l’impact de l’édification sur notre manière de vivre, de pratiquer l’art, la politique ou la communication. Elle présente les propositions de sept artistes qui abordent indirectement le combat et débat permanent entre l’individu et le collectif.

Mais comment  reconnaître l’édification? Pensez par exemple que, bien que vous n’ayez jamais lu Gustave Flaubert, vous avez réalisé que ses nouvelles vous ont indirectement construit, ou encore, le fait que vous connaissiez  presque tous les articles présents dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, sans avoir jamais pris le temps de la lire. Pensez aussi à ces moments de désespoir ou de souffrance, où vous avez soudainement eu recours à des termes religieux alors que vous êtes plus agnostique que croyant auto-proclamé. Ou comment, au cours d’une relation amoureuse, vous n’avez pu trouver pour vous exprimer, que les mots génériques qui semblent provenir d’un scénario de comédie romantique.

Pensez au nombre d’artistes, commissaires et critiques d’art qui aujourd’hui, s’attachent ou tentent d’échapper,  à l’édification pensée depuis longtemps déjà,  par Friedrich Schiller et John Ruskin[1], et à l’approche morale de  leur esthétique. L’édification n’est pas qu’un facteur déterministe ultime qui contrôle nos vies, ni une force omniprésente extérieure, mais bien ce qui est compris entre la volonté individuelle et l’idée que la société a d’elle-même.

L’exposition sera ponctuée de copies de sculptures de Martin Kippenberger (1953-1997), artiste dont la production diversifiée témoigne de sa confrontation aux héritages artistique, par l’ édification et l’histoire, et qui est devenu lui-même une référence pour les étudiants en écoles d’art aujourd’hui. Inspirés du célèbre incident de 2011, au cours duquel une femme de ménage nettoya malencontreusement une flaque d’eau peinte en trompe-l’œil faisant partie d’une oeuvre de Kippenberger intitulée « When it Starts Dripping from the Ceiling », ces fac-similés se verront attribués une valeur d’usage ou se confonderont avec d’autres œuvres tout en demeurant méconnaissables – en tant que sculptures de Kippenberger -pour la majeure partie des visiteurs.

Le titre de l’exposition fait donc référence au cette œuvre de Kippenberger, reliant les questions engendrées par l’incident, à de plus vastes questions englobant la notion d’édification. L’édification est-elle évitable, souhaitable, ou est-ce tout simplement une caractéristique inéluctable ? En nettoyant la fausse flaque de l’œuvre de Kippenberger, la femme de ménage mit fin à l’évocation des gouttes tombées du plafond que l’artiste souhaitait représenter.  L’exposition suggère que ce sont là des moments qui révèlent  la nature problématique de l’édification et signale la nécessité d’approfondir cette réflexion sur son actualité et son historicité.

[1] Friedrich Schiller (1759 – 1805) philosophe allemand qui proclama que « seule l’esthétique est un ensemble complet en soi », arriva à la conclusion que « la beauté ne donne aucun résultat individuel ; elle n’atteint ni but personnel, intellectuel ou moral, ne révèle pas de vérité individuelle, ne nous aide pas à accomplir nos droits individuels, et est en un mot, incapable d’influencer la personnalité et d’élever la pensée. » D’autre part, John Ruskin (1819 – 1900) qui était un important critique d’art à l’époque Victorienne, a dans ses derniers écrits, manifesté sa croyance en l’art comme pouvant améliorer la société. Bien que Ruskin soutint des artistes tel que William Turner, il interrogea néanmoins en son temps la pratique des peintres paysagistes en ces termes : « aucune finalité éthique n’a été transmise, ni de pérennité esthétique dans bon nombre de leurs travaux ». Ruskin écrivit une série de lettres sous le titre de Fors Clavigera – Letters to the workmen and labourers of Great Britain (1871-1884), dans lesquelles, il esquissa le cadre de son propre monde utopique qu’il nomma Guild of St. Georges, un monde où l’art et la vie auraient fusionné comme un tout. Shiller et Ruskin ont tous les deux été à la recherche d’une expérience holistique permettant de créer une harmonie entre l’autonomie individuelle et créatrice, et la société dans son ensemble comprenant l’individu ; deux significations différentes de l’édification à des fins humanistes. Aujourd’hui, nous pouvons identifier et distinguer ceux qui sont indirectement descendants de Schiller ou de Ruskin, attestant du pouvoir de l’édification dont nous sommes emprunts.

When it Stops Dripping from the Ceiling (An Exhibition That Thinks About Edification)

June 14 – July 29, 2012. This exhibition has been extended from Thursday, September 6th to Sunday, September 23rd, 2012.

With: Jesse Ash, Luis Camnitzer, Iman Issa, Per-Oskar Leu, Metahaven,  Setareh Shahbazi, Humberto Velez, also featuring: unidentified copies of sculptural works by Martin Kippenberger.

Curated by Bassam El Baroni

In present times, some are calling for the invention of new terminologies that can more accurately discern phenomena affecting our lives, culturally, socially, and politically. Sometimes, the terms that we need are not to be reinvented but merely excavated and given new meaning. Edification is perhaps one such term. A quick dictionary search will tell you that edification means ‘to instruct especially so as to encourage intellectual, moral, or spiritual improvement’, that it denotes an ‘uplifting enlightenment that results in understanding and the spread of knowledge’.

During the past three centuries, edification has been about individual thinkers creating equations for resolving the gap between the individual’s autonomy and the society the individual functions within. These equations are eventually diluted, simplified, or reconfigured to become the intellectual basis of states, the cultural codes of sociopolitical systems, or the administrative mechanisms of oppressive regimes. This exhibition attempts to think about the impact of edification on the way we live, practice politics, make art, and communicate. It features a range of diverse works by seven artists; which indirectly address the struggle, and ongoing debate between individual autonomy and social collectivity.

But, how can we recognize edification? Think about how, although you have never read Gustave Flaubert’s novels, you have recently come to realize that you have been edified by them, or about how you know the essence of almost every article featured in the Universal Declaration of Human Rights despite the fact that you have never bothered to read it. Think about how in moments of great despair or pain you suddenly find yourself reverting to religious terminology, even though you are more of an agnostic than a self-proclaimed believer. Or about, how in the middle of an intimate interaction of love, you can only express your emotions in words that seem to be generic lines abundant in popular romantic movie scripts. Think about how many artists, curators, and art writers today either embody or struggle to escape the edification of such long-dead thinkers as Friedrich Schiller and John Ruskin[1], reinventing or trying to escape the reinvention of the moral-aesthetical wheels that they first invented. Edification is not an ultimately determining factor controlling life nor is it an omnipresent external force but it is that which lives in the gap between the individual’s will and a society’s idea of itself as a society.

The exhibition will be infiltrated with replicas of sculptural works by Martin Kippenberger (1953-1997) whose diverse artistic output exemplified an artist’s confrontation with the legacies of past edifications of art and its history, and which in turn led his oeuvre to be among the most referenced by students in today’s art academies. Taking inspiration from the well known 2011 incident in which a cleaning lady mistakenly cleaned a trompe l’oeil puddle painted on a component of Kippenberger’s piece entitled ‘When it Starts Dripping from the Ceiling’,  these copies will be given an everyday use value and become part of other artists’ works, remaining largely unrecognizable as Kippenbergers for most visitors.

The exhibition’s title references the title of the Kippenberger work that was the subject of the cleaning incident, linking questions generated by the incident’s occurrence to larger questions surrounding the notion of edification. Is edification avoidable, escapable, desirable, or is it simply an unavoidable trait? When the cleaning lady removed the faux puddle on Kippenberger’s work she put a stop to the ‘dripping from the ceiling’ that the artist intended to evoke the start of. The exhibition suggests that it is in moments like these that edification’s problematic nature reveals itself and signals the need for further thinking about its history and present.

[1] Friedrich Schiller, (1759 – 1805) was a German philosopher who proclaimed that «only the aesthetic is a complete whole in itself « and took to the view that «beauty gives no individual result whatever, either for the intellect or for the will; it realizes no individual purpose, either intellectual or moral; it discovers no individual truth, helps us perform no individual duty, and is, in a word, equally incapable of establishing the character and enlightening the mind.» On the other hand, John Ruskin (1819 – 1900) who was England’s leading art critic during the Victorian era, in his later years of writing believed in art’s ability to improve society. Although, Ruskin supported artists such as William Turner, he also at times questioned the practice of such landscape painters when «No moral end has been answered, no permanent good effected, by any of their works». Ruskin wrote a series of letters entitled Fors clavigera – Letters to the workmen and labourers of Great Britain (1871-1884), and it was in these letters that Ruskin sketched out the framework for his own utopian world which he called the Guild of St. George, a world where art and life were to merge as one whole. Both Schiller and Ruskin where in search of a holistic experience that could create harmony between the autonomous individual or creator and the wider society that that individual existed in, two different senses of edification for one humanistic end. That today one can identify and distinguish between those who are indirect descendants of Schiller and others who are indirect descendants of Ruskin attests to the power of prior edifications that still live on inside of us in contemporary times.