Exhibitions , Paris

Not Fully Human, Not Human at All

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Sous le commissariat de Nataša Petrešin-Bachelez

Avec : Saddie Choua, Valentina Desideri, Denise Ferreira da Silva, Arely Amaut, Nilbar Güres, Ibro Hasanović, Doruntina Kastrati, Olivier Marboeuf, Daniela Ortiz, Lala Raščić, Kengné Téguia.

Not Fully Human, Not Human at All, est un projet de trois ans, initié par KADIST en 2017 sous le commissariat de Nataša Petrešin-Bachelez. Ce projet s’inscrit dans le cadre des programmes internationaux de KADIST qui visent, en adressant des questions d’ordre global et en collaboration avec des institutions partenaires et des artistes, à établir des connexions entre différentes régions.

Focalisé sur l’Europe, en tant que cadre géographique et conceptuel, Not Fully Human, Not Human at All a été conçu en collaboration avec des institutions locales[1] pour produire trois commissions artistiques (avec Lala Raščić, Daniela Ortiz, Valentina Desideri et Denise Ferreira da Silva) ainsi qu’un programme de séminaires dans les villes de Prizren (Kosovo), Aalst (Belgique) et Lisbonne (Portugal).

Le titre, Not Fully Human, Not Human at All, fait référence à l’essai de  Donna Haraway,  Ecce Homo, «Ne suis-je pas une femme?» et autres inapproprié/es : de l’humain dans un paysage post-humaniste. Un texte qui remet en cause les revendications universelles de l’humanisme des Lumières pour proposer les modalités de ce qu’elle nomme une humanité collective «non générique». Dans ce texte, Haraway se réfère à la description d’Hortense Spillers des degrés de déshumanisation vécus par les populations mises en esclavages aux États-Unis, en particulier des femmes, et à leur traitement comme des entités remplaçables sans reconnaissance juridique. 

Cette exposition s’intéresse au processus de déshumanisation qui se produit en Europe. La déshumanisation est généralement entendue comme la dégradation de la vie humaine exercée par des humains sur d’autres humains. En Europe, plusieurs occurrences politiques et sociales ont conduit à des politiques migratoires plus strictes, à de nouvelles formes de nationalisme, à des restrictions sur l’accès à la santé, à des pressions néolibérales sur les politiques économiques étatiques, à la dégradation des droits des travailleur·euse·s étranger·e·s et à la réévaluation de la définition culturelle et géographique de l’Europe. Pris dans une dynamique historique réccurente, ces processus coexistent avec les relations de pouvoir engendrées  par le privilège blanc, qui définit ceux·elles qui rentrent dans le champs de l’humanité. Pour cette exposition, l’Europe, entendue comme contexte et concept, permet de penser la déshumanisation et en particulier, celle que les pays impériaux et coloniaux ont pratiquée au nom de l’humanité, dans et en dehors des frontières de l’Europe. Les artistes présent·e·s dans l’exposition problématisent cette catégorie bien obsolète qu’est l’humain, en imaginant des concepts appartenant à un nouveau vocabulaire du processus qui peut être appelé la ré-humanisation. 

La préparation de l’exposition a été davantage traversée par l’année 2020, où le processus de la déshumanisation est intrinsèquement lié à la pandémie de la COVID-19 qui a intensifié les crises sociales, environnementales et politiques préexistantes. L’appel à « Restez chez vous » a mis en lumière toutes les inégalités sociales et la hausse des violences domestiques en France[2] ainsi que dans de nombreux autres pays.

En avril dernier, Elísio Macamo écrivait : « La COVID-19 nous rappelle cruellement que la crise, c’est nous. Alors que nous rassemblons nos forces pour regarder la pandémie dans les yeux, nous ferions bien de ne pas oublier que notre normalité, c’est la crise. L’histoire nous a enseigné qu’on ne vient pas à bout d’une crise en prenant pour objectif un retour à la normale. On vient à bout d’une crise en se donnant la possibilité d’agir quelles que soient les circonstances. »[3] 

Cette exposition est une adaptation de l’exposition collective éponyme, sous le commissariat de Nataša Petrešin-Bachelez et Bettina Steinbrügge présentée au Kunstverein de Hambourg (Allemagne) à la fin de l’année 2020. 

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[1] HANGAR, Lisbonne; Kunsthalle Lissabon, Lisbonne;  Kunstverein, Hambourg; Fondation Lumbardhi, Prizren et Netwerk centre d’art contemporain et cinéma indépendant, Aalst.

[2] Hervé Hinopay, « A Delafontaine, les soignants sont ‘au front sans armes’ », 13 avril 2020, Bondyblog. https://www.bondyblog.fr/societe/sante/a-delafontaine-les-soignants-sont-au-front-sans-armes/

[3]  Elísio Macamo, « The normality of risk: African and European responses to Covid-19 », www.coronatimes.net, 13 avril 2020. https://www.coronatimes.net/normality-risk-african-european-responses/

 

Curated by Nataša Petrešin-Bachelez

With Saddie Choua, Valentina Desideri, Denise Ferreira da Silva, Arely Amaut, Nilbar Güres, Ibro Hasanovic, Doruntina Kastrati, Olivier Marboeuf, Daniela Ortiz, Lala Rašcic and Kengné Téguia.

Initiated by KADIST in 2017 and curated by Nataša Petrešin-Bachelez, Not Fully Human, Not Human at All, is a three-year project, part of KADIST’s international programs, devoted to drawing connections between different localities by addressing global issues, in close collaboration with partner institutions and artists.

Focusing on Europe as a geographic and conceptual framework, Not Fully Human, Not Human at All was conceived in collaboration with like-minded local institutions[1] to produce three artistic commissions (with Lala Rašcic, Daniela Ortiz, Valentina Desideri and Denise Ferreira da Silva) together with a discursive program in the cities of Prizren (Kosovo), Aalst (Belgium) and Lisbon (Portugal).

Not Fully Human, Not Human at All takes its name from Donna Haraway’s essay “Ecce Homo, Ain’t (Ar’n’t) I a Woman, and Inappropriate/d Others”, a text which challenges the universal claims of Enlightenment Humanism in order to propose conditions of what she calls “non-generic” collective humanity. In this text, Haraway refers to Hortense Spillers’ description of the levels of dehumanization faced by enslaved people, especially enslaved women in the United States, their treatment of being disposable, and their lack of any legal subjectivity.

This exhibition looks into processes of dehumanization that are taking place in Europe. Dehumanization is generally understood as the degradation of human life, performed by human beings upon one another. Within Europe, a number of recent political and social occurrences have led to stricter policies of immigration, new forms of nationalisms, limits on universal access to healthcare, neo-liberal pressure on state economic policies, the erosion of rights for foreign workers, and the reevaluation of what defines Europe both culturally and geographically. These processes are coexistent with relations produced by the white privilege that defines who is considered human at all, and are part of a historically recurring process, starting with the colonial project of many European countries. The artists taking part in the exhibition question the obsolete category of the human, by imagining concepts from a new vocabulary of the process that can be called re-humanization. 

The preparation of the exhibition itself was bound to the context of 2020, in which the process of dehumanization is intrinsically connected to the COVID-19 pandemic, which has intensified these pre-existing social, environmental and political crises. The incitement #stayathome exposed many social inequalities and increased domestic violence in France and elsewhere.[2]

Elísio Macamo wrote in April 2020 that “Covid-19 is a cruel reminder that crisis is us. As we brace up to look the pandemic in the eye, we would be well advised not to forget what our normal is, namely crisis. History has taught us that you do not master a crisis by setting the return to normality as your goal. You master a crisis by enabling yourself to act whatever the circumstances.”[3] 

The exhibition at KADIST is an adaptation of the eponymous collective exhibition co-curated by Nataša Petrešin-Bachelez and Bettina Steinbrügge, presented at the Kunstverein in Hamburg (Germany) at the end of 2020 to conclude the three-year project.

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[1] HANGAR Artistic Research Centre, Lisbon; Kunsthalle Lissabon, Lisbon; Kunstverein, Hamburg; Lumbardhi Foundation, Prizren and Netwerk center for contemporary art and an independent cinema, Aalst.

[2] Hervé Hinopay, “A Delafontaine, les soignants sont ‘au front sans armes,’” April 13, 2020. Bondyblog,https://www.bondyblog.fr/societe/sante/a-delafontaine-les-soignants-sont-au-front-sans-armes/

[3] Elísio Macamo, “The Normality of Risk: African and European Responses to Covid-19,” CoronaTimes.net, April 13, 2020. https://www.coronatimes.net/normality-risk-african-european-responses/